POEMES ET PROSES DE FRANCOIS VEILLON

 

 
   
 
 
 
 
   

 

 

  

 

ARBITRAIRE.

 

Les compagnons du repreneur

Faisant assaut d’humanités

Du personnel cherchent l’erreur

Pour la liste des nominés.

 

 

-        Il était indispensable,

-        De vous changer d’occupation !

-        Vous feront les responsables

-        Du plan de restructuration.

 

 

-        Si vous étiez, qui peut savoir

-        Par ces temps de crise touché,

-        Il nous faudrait perdre l’espoir

-        De vous compter sur nos fichiers.

 

 

Les fossoyeurs de nos métiers,

Sont des groupes nécrophages

Faisant de nous des sacrifiés

En nous livrant au chômage.

 

detail bord de plage

 

 

 

TROIS HOMMES D’AFFAIRES.

 

Le cœur blessé par l’imposture

D’une traîtrise singulière,

Je vis trois hommes à fière allure,

En complets gris l’allure austère.

 

Le cheveu rare et l’œil glacé

Ils font le monde à leur façon.

La poigne sûre, le nerf d’acier

Ils sont en pleine conversation.

 

Valeurs et places financières,

Chacun bien sûr veut un morceau.

Ainsi céans vont les affaires,

Sans ingérence ni char d’assaut.

 

Que ferons nous dans cette Europe

De tous ceux par nous licenciés ?

Ne faites pas le philanthrope !

Et songez plutôt aux mois boursiers !

 

Bien sûr nous avons moins la guerre,

Et bien des larmes sont essuyées.

Mais attendant du Verseau l’ère,

Nous sommes les pions des argentiers.

 

SOLEIL D’OR

 

Il me plaît, ce pâle soleil d’hiver dispensant des rayons qui ne sont chaleureux, mais la lande, les bois et les bosquets s’en trouvent embellis.

 

J’aime voir miroiter le tronc des solitaires où la rosée s’égare et sur le sol baigné par la lumière crue, des girolles confuses de se voir dénudées, offrent au grand jour leur parure d’albâtre.

 

Il me plaît, car il éclaire des sites entourés de mystères, où la nature dort, préparant en secret l’explosion du printemps.

 

Il me plaît, ce frais soleil de décembre, qui estompe l’azur mais qui fait espérer des lendemains heureux.

 

Il me plaît quand il se cache, rougeoyant les lisières et la cime des pins, remettant à demain un peu de son ouvrage, afin qu’un jour encore, il dispense à nouveau la magie scintillante de sa lumière d’or.

 

LA BRUYERE

 

Rose cloche immortelle,

Bruissant au moindre friselis

Tapissant les asphodèles

D’un grand manteau de fins surplis.

 

D’un port altier elle répand

Ses colonies à travers bois

Pour étouffer le pas des faons

Quand poursuivis sont aux abois.

 

 

Dans la sylve elle cache,

Les pieds rugueux des pins géants

Préservant des coups de hache

Les troncs dressés offerts au vent.

 

Bien que n’étant capiteuse

Elle à pourtant beaucoup donné ;

Ses racines pour qui creuse

Et ses tiges pour les balais.

 

Erica la brise-pierre,

Ainsi antan l’a-t-on nommée

Pour céans elle n’est pas fière ;

Elle a perdu sa renommée.

 

OSTREA.

 

Princesse nacrée, aux senteurs océanes, ta couche de porcelaine abrite le fruit que tu défends. Nombreux les prédateurs par toi sont attirés, pour déguster ton corps aux formes voluptueuses comme il en naissait autrefois sous le pinceau des maîtres de jadis.

 

Dans l’écrin de nacre aux pastels irisés, tu nous fais parfois l’offrande d’un tout petit bijou. Que n’ai-je apprécié, le regard vers l’infini ta nature suave qui descendait en moi, hédoniste gourmet.

 

Et en fermant les yeux, je devine les rivages et les parcs où tu fûs élevée avec des soins jaloux, pour que de ton être, tu enchantes nos cœurs et nos palais aussi… J’aime bien respirer ton écaille sauvage où des hôtes étrangers sont parfois accrochés.

 

Il me souvient alors de mes débuts d’enfance où dans mon innocence, je découvrais, pour la première fois l’exaltation sublime de savourer ta chair. Et je gravais alors dans ma jeune mémoire et jusqu’au bout des jours, cet instant merveilleux où je te rencontrais.

 

COMPLAINTE

 

Je suis un ouvrier qui se doit de produire

Dans l'usine de pointe où il ne sied pas de rire.

 

Tôt dès le matin, si j'ai la main heureuse,

J'introduis sans retard mon nom dans la pointeuse.

Et me voilà parti vers un destin connu,

Pour huit heures de rang oeuvrer en continu.

 

Acceptez, point de résistance, car il serait dommage,

De priver vos banquiers en étant au chômage.

 

Il faut être craintif, soumis et diligent,

Quand l'usine dimanche a des besoins pressants !

 

A tous ceux qui nous commandent,

De l'agent de maîtrise au cadre supérieur,

Voici que je demande

Dans le travail des jours meilleurs.

 

 

UN ENFANT

 

Un enfant est venu ce soir,

Dans un berceau, tout petit corps.

Ignorant ceux venus le voir

Et la caresse qui l’endort.

 

Tous sont penchés, emplis d’espoir

Pour embrasser le bel enfant

Mais lui s’étire dans le noir

Jouant encor dans le néant.

 

Il a grandi, serti d’amour,

Par des parents les traits tirés

Qui l’ont veillé la nuit le jour,

Quand tout fiévreux il délirait.

 

Mais dans les Pays en conflits,

Il est des pères aimant leur fils,

Qui tuent pourtant les tout-petits

A la machette ou au fusil.

 

Un enfant est venu ce soir,

Dans un berceau, tout petit corps.

Ignorant ceux venus le voir

Et la caresse qui l’endort.

 

LE MIMOSA

 

Il suffit d’un zéphyr,

Dans ta belle livrée,

Pour que d’un seul soupir,

Je me vois enivré.

 

Tu es le point vernal,

D’une froide saison,

De retour triomphal,

Tu fleuris les maisons.

 

Tes feuilles ciselées,

Sur un port buissonnant,

Gardent pour une année,

Leur aspect verdoyant.

 

Charmant le bord de mer,

Quand la nature dort,

Tu n’es pas un peu fier,

Dans ta parure d’or.

 

Il m’est doux d’inspirer,

Ton essence divine,

Avec celle salée

De la brise marine.

 

 

LE RUISSEAU.

 

 

 

Modeste capillaire qui sourd je ne sais où, ta courbe est sinueuse et ton cours paresse entre les troncs de charmes allongés dans ton lit…

Souvent des inconscients, sans respect pour ton âge, souillent sans vergogne de sanies ton passage.

Je frémis de te voir si pollué que les hommes demain t’aurons canalisé, sertissant de béton ta course régulière, te privant à jamais d’or et de lumière…

Sortant d’abysses oxydés, ton eau ferrugineuse recouvre chaque écueil d’une teinte rougeâtre et ton débit nerveux berce les sagittaires, ondule les rubaniers

Et sur ton passage, la menthe sauvage libère son parfum…

J’ai vu les trains de marchandises faisant vibrer ta couche en de petits cercles blancs aussitôt refermés.

J’ai vu les lavandières, sous leur abri de chaume, frapper de leurs outils des habits de coutils.

Ton eau alors bien claire, rinçait par ton courant le linge savonné.

Et les cris de ces femmes, faisant si grand lavage, devaient, par toi portés, glisser jusqu’au BASSIN. Et les maris pêcheurs auraient pût écouter, au ras de leurs filets, le gentil babillage de leur douce moitié.

 

 

 

LE ROSSIGNOL

 

Le chant du rossignol emplissait le silence

Et par les modulations de sa gorge poussées,

Imposait le respect, dans le feuillage dense

Aux autres volatiles perchés dans la fûtaie.

 

Certains, privés de voix, n’étaient pas

des artistes

A l’instar de la pie aux trilles de crécelle

Mais d’autres avisés, profitant de l’altruiste

Composaient en secret, plagiant le philomèle.

 

Un écureuil inquiet de ce remue-ménage,

Descendit en spirale du sommet de son pin,

Puis enfin rassuré, d’aucun mauvais présage,

Regagna le couvert du refuge aérien.

 

La complainte s’enfla au travers de l’espace

Et les notes d’argent explosaient sur les feuilles

Comme des gouttes d’eau un jour de pluie éparse

Pour tomber sur la mousse en de biens doux écueils.

 

Mais le petit oiseau pour un instant s’arrête,

S’octroyant une pause pour lancer à nouveau

Un concert éperdu d’une harmonie parfaite

Dans la forêt charmée de cet air tendre et beau.

 

 

HOMMAGES…

 

 

Honneurs à vous, vieilles barques, tilloles légères

Chaloupes non pontées et pinasses d’un autre age dont

Les courbes parfaites nous font imaginer que par dame nature vous fûtes enfantées.

 

Honneurs à vous hardis marins qui franchissiez

La “barre” de vos bateaux légers, sachant que sous

Les lames vous risquiez le trépas.

Combien ont disparu, sous les coups de boutoir

D’un océan sauvage qui ne se souciait guère des bouches orphelines.

 

Honneurs à vous, veuves des mers que la douleur

égare, mais dont tous les enfants ont le désir de vivre.

Honneur à tous, car de vos sacrifices, il n’y eut point de

Plages que nous n’eussions aimé.

 

 

LES SIFFLEURS

 

 

Voyez-vous, mon bon maître, me fit l’anachorète,

Point n’est besoin de vivre pour certains, sans siffler.

J’ai connu, c’est banal, pas mal d’artistes esthètes

Restant de mâtine à complies, tels des outres gonflés.

 

J’ai vu siffler des verres dans des bars de perdition ;

J’ai ouie les belles trilles de la maréchaussée ;

J’ai frémi sous la roulette du tournoi des nations

Et des lentes modulations des bâtiments armés.

 

Mais de grâce surtout, jeta mon sage ascète,

Prenez garde aux desseins, sans nuls doute baroques

De tous ceux, qui par cet art vous semblent faire fête

Alors que sous ces grands airs, s’entretient l’équivoque.

 

Vous les voyez superbes, la lippe qui roucoule,

Modulant sans vergogne, de par leur embouchure,

Des tirades fleuries, des tierces à chair de poule,

Pourvu que par les sons qu’ils font, d’exister ils soient sûrs

 

 

ODE POUR UNE PETITE FILLE

 

Petite fille malicieuse

Est une enfant industrieuse,

Aimant conduire bien des projets,

D’une main ferme et potelée.

 

Par son esprit qui vagabonde,

Elle refait souvent le monde.

D’un ton câlin ou péremptoire

A l’abri dans sa tour d’ivoire.

 

Et ses poissons se congratulent,

En d’élégantes grosses bulles.

Le chat aussi, non sans malice,

Se fait passer pour son complice

 

Petite fille insouciante,

Au minois fin et souriante

Garde toujours en ta mémoire

Le sel doré de tes histoires.

 

 

SIAMOIS.

 

 

Tes yeux sont des abysses bleus

Où vient se perdre mon âme.

Je ne sais si dans cet azur

Tu m’aimes ou bien me blâmes.

 

 

Nulle part, mais aussi partout,

Tu n’es pas là quand je t’attends

Mais si j’oublie ton ronron doux

Je te surprends bien mécontent.

 

 

A la saison de tes amours,

Tu deviens un chat sauvage,

Mal peigné, poil à rebours,

Tu n’est plus un matou sage.

 

 

Oreille percée, boitant bas,

Faisant fi des habitudes,

Tu cours la gueuse à frimas,

Sans souci des combats rudes.

 

 

Quand sur ta robe court ma main,

Et que brille ton œil de chat,

Pense-tu donc que les humains

Aient plus de mérites que toi ?

 

 

LA TULIPE BLANCHE.

 

 

De toutes les fleurs de mon jardin,

 une seule tulipe

ce matin est éclose.

Elle est blanche, immaculée;

 je la sais éphémère,

d’une très courte vie.

 

Au faîte de sa longue tige,

 elle hisse haut dans le massif

sa robe de porcelaine,

afin que le petit peuple

des floralies rampantes

 remarque bien sa taille prise

et sa prestance élancée…

 

Elle a choisi de naître,

 dans sa délicatesse

au bord d’un tapis vert

où dort mon vieux siamois,

fidèle compagnon

de dix neuf ans d’amour…

 

 

A LA MEMOIRE DE SARAH.

                                              

As-tu pris des rides?

Ô Grand Euripide?

Où tu nous emmène?    

 Muse Melpomène?  

 

 

 

Je suis un béotien,

Car n’étant tragédien,

Du théâtre ne sait

Pas le moindre sonnet  

 

 

Je comprends à ce jour,

Que par un beau détour,

La princesse Sarah,

Eût connu tant d’émois.

 

 

D’un Andernos aimé,

Où chaque mois de mai,

De son sceau embellit,

Les lentes flâneries

 

 

Des roses du passé,

Au charme désuet,

Est-ce l’Albertine,

Douce et mutine ?

 

 

Ou les belles moussues,

A la tige barbue,

Que je vois étonné,

En livrées chiffonnées.

 

 

 

LES VIEILLES BARQUES.

 

 

 

 

Elles gisent sur un lit de sable ou de vase séchée et pour tout baptême portent des noms à ce jour disparus.

A l’abri, sur leurs corps immobiles, les oiseaux sont perchés, caquetant sur l’injuste partage des derniers poissons crus.

Leur étrave rouillée ne prendra plus la mer et de leur plancher fendu s’insinue la verte salicorne les scellant au sol de toute éternité.

 

Le regret est amer, quand le flot descendant ne les a amenés ne laissant à l’intérieur de leurs pauvres carcasses que des flaques stagnantes retenant prisonniers des crabes téméraires…

 

Elles franchirent les passes pour mener à bon port de leur ventre gravide  des fardeaux importants et sauvèrent des vies, quant aux plus fortes syzygies les imprudents prenaient la mer.

Vous vivez aujourd’hui le reste de votre âge à vous fondre peu à peu au gré des éléments qui ne vous portent plus sur le jusant rageur…

 

Vous ne méritez pas de finir oubliées dans l’âtre d’un foyer ou couvertes d’immondices, mais dans un musée ou chacun vous devrait le respect pour  les services, par vous rendus en toute humilité.

 

 

LE MANEGE

 

 

 

Dans un espace, où l’on achète,

Illuminé, à deux pas de l’entrée,

Il trônait, accorte silhouette ;

Trapu, mafflu et sûr de son attrait.

 

 

Et les enfants, ne pouvant l’ignorer,

Succombent au charme féerique

Et à grands cris, exigent de monter

Dans cette ronde aux airs magiques.

 

 

Chacun s’assoie sur le cheval de bois

Aussi, quand la manœuvre s’accélère

Et lentement la vitesse s’accroît,

Sur l’encolure les mains se serrent.

 

 

Pour le plaisir, pour toutes les envies,

Certains rient et d’autres font silence

Ainsi de leur existence la vie,

Sera tristesse ou providence

 

 

 

UNE ROSE DE BOIS

 

 

 

Du haut des hautes frondaisons, à l’heure estivale où les cigales stridulent leur cithare et que l’écureuil sur son arbre en acrobate est roi, fleurit la rose aux pétales de bois.

 

Verte tout d’abord, fleurant bon la résine, elle brunit au soleil ; pour nous c’est une pigne.

-        Une pomme de pin ! S’écrieront les savants…

Mais qu’importe le latin quand on est dans le vent.

 

Quand vient la canicule, elle ouvre sans pudeur son cœur à la chaleur et de ses capitules, elle laisse s’échapper des myriades d’éphémères tels des elfes pressés d’atterrir sur la mousse.

Mais si du ciel serein le manteau s’obscurcit sa grosseur à dessein aussitôt rétrécit.

 

Et quand vient le temps du grand souffle d’Autan, elle choit c’est fatal de son grand piédestal.

 

 Malgré tout le respect pour son âge avancé je m’en saisis céans et la met au panier, en lui disant combien il est doux en soirée de me bien réchauffer dans l’âtre du foyer.

 

 

LA VIEILLE SOURCE.

 

Elle coule sereine,

En dépit des années

Et son débit parfois

Est un filet menu

Mais qui chuchote encor

Pour ne pas se tarir

Elle attire toujours,

Par son profond mystère

Les enfants des enfants,

Qui par curiosité,

Sont toujours envoûtés

Par son chant abyssal,

Venant d’on ne sait où.

Elle cache ses sanglots

Dans un lit de bruyères

Et l’onde qu’elle donne,

A mouillé bien des mains

Fait rêvé les poètes

Et apaisé les chagrins

Des humains solitaires

Pourra-t-elle encore,

De son cœur généreux

Verser dans le ruisseau

Le reste de son âge

Avant que l’homme demain

Ne la juge obsolète

Et ne l’occulte à jamais

Dans un cercueil de pierre.

 

 

 

ANDERNOS.

 

 

Des ribambelles de bambins trottent à l’infini sur ton ventre de sable pour tenir à deux mains une onde insaisissable. Leurs cris de joie sont des grâces qu’il nous faut apprécier, car l’innocence appelle la beauté

 

Un vent de Sud m’enveloppe de sa moite tiédeur et je ne me lasse guère, les yeux au ras de l’eau, d’admirer la danse sinueuse des villages brumeux ceinturant le Bassin.

 

Une pinasse élancée remonte le jusant de sa toux régulière. Un chaland de nos pères dérive lentement autour d’un pieu rongé… Hommes et femmes d’huîtres, à la marée liés, de vieux bateaux par derrière vous portent encore leurs ultimes fardeaux.

 

Je n’imagine pas, quand dans vos officines je vous viens acheter les fruits de l’océan, combien il vous fallut de temps de fatigue et de peine, ce que sans y penser j’avale en un instant. Les benèzes ne coiffent plus le chef des vaillantes parqueuses et la serge éclatante ne ceint plus le corps des pêcheurs de jadis.

 

Mais le montant lassé de ses vieilles conquêtes, se retire déjà, découvrant les esteys, en livrant aux regards les concessions d’antan où les piquets tordus, comme des centenaires, balisent jusqu’à demain les éboulis des parcs désaffectés.

 

Un chien de mer, ivre de vent salé, course les hirondelles. En vain… La bête de rage aboie contre le ciel

Dans les derniers bassins, où les huîtres se baignent, des mules prisonniers attendent jusqu’au soir le flot libérateur et dans le grand chenal, enchâssé dans la vase, quelques bateaux légers glissent en silence vers des ports étrangers.

 

Alors, sortant de l’onde, chevelure peignée par le flux et le reflux, apparaît le varech dans sa verte livrée. Quant à la vieille source, elle coule sereine en dépit des années et même si parfois son débit est un filet menu, elle chuchote encore pour ne pas se tarir. Elle verse à deux pas le reste de son age dans un ruisseau rouillé qui l’amène à la mer. Andernos, ne change pas trop vite, nos âmes tourmentées ont besoin de ta paix.

 

 

 

 

 

 

Supplique

 pour un éphémère messager.

 

 

 

 

Oh! printemps, ne t’enfuis pas trop vite, laisse-moi

sentir, pour la dernière fois, le parfum des lilas, afin que je puisse, pour une année encore, graver en mon esprit la sensation suprême qui va s’évanouir.

 

Oh ! Temps! Arrêtes-toi, afin qu’à mes oreilles le chant bref du coucou résonne pour longtemps

 

Oh! Verdure, à la tendre livrée, ne change pas trop vite, laisse encore, à mes yeux reposés ta parure vernale aux couleurs estompées.

 

Oh! Ma vie, pourras-tu être longue, pour me faire apprécier pour bien des décennies, le cadeau enchanté du printemps messager.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
   
 

 

 

 

 

 

 

 

 


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